Les marges du poème

Photo_DEGLET2SAMANTHA BARENDSON (édité par)
Bernard Deglet et la poésie
Biographie brève.
Analyste concis.
Publié chez Buchet Chastel et Color Gang.
 
Quand et comment avez-vous approché la poésie ?
En lecture, par la prose poétique: Michaux, Baudelaire. Audiberti, Pierre-Jean-Jouve. Puis Prévert, Réda, Soupault.
Plus tardivement Guillevic, Eluard, d’autres [1].
En écriture, l’approche est en cours !
 
Activités poétiques, collaborations (revues, collectifs, etc.) et publications :
J’ai publié un roman chez Buchet-Chastel, et une suite d’épisodes de la vie posthume de Dabek Sarieloubal chez Color Gang.
Je publie des nouvelles ou textes brefs en ligne (Revue des ressources), de courts textes ou poèmes en revues papier (surtout Verso), des miniatures sur mon blog. Je participe ou assiste à des lectures.
Avec le Syndicat des poètes qui vont mourir un jour, nous portons des écritures vivantes contemporaines vers les publics les plus divers.
J’ai également réalisé des vidéos littéraires rustiques qui sont peut-être (voir blog correspondant ci-dessous) de la poésie.
 
Pour vous, qu’est-ce que la poésie ?
C’est ce que tu découvres dans les marges du poème.

[1] Leopardi me résiste encore !
 
http://sarieloubal.blogspot.fr
http://video-deglet.blogspot.fr
http://syndicatdespoetes.hautetfort.com
http://www.samantha-barendson.com/
 
 
Bernard Deglet : poèmes

***

La dernière rose avant l’hiver est rouge cerise. Dans le verger on a volé des pommes. Au pied des deux platanes gigantesques et du saule, huit gros packs de seize bières Heineken à peine entamés, entreposées pour l’hiver..

Un geai les a prévenu les animaux viennent lentement à nous. Le cheval, le bouc, la chèvre, chacun à sa façon. Puis le lourd équidé trotte devant le mûrier qui explose dans l’automne.

Le passage des barbelés me met en posture délicate devant l’ongulé.

Tout à l’heure on a croisé un limier très actif de la queue à la truffe.

On ira chercher une tortue au plan d’eau, il parait qu’il y en a.

Elles sont vivantes, préhistoriques et obstinées

Pas du tout découpées en rondelles

Par la tondeuse autoportée.

***

Callas, Casals, ce n’est jamais une note pour rien

Danger à chaque son

Comprendre comment ils font

Ce qui est beau, c’est quand ils vous emmènent dans des zones oubliées

Ce qui est beau c’est quand on se penche vers l’invisible

Tu sors sur la terrasse et tu te penches

On y est déjà allé, dans ces espaces,

On jouait aux osselets avec des copains de classe

On y est déjà allé, dans ces espaces,

On ne se souvient plus

La musique dit cela

Ce dont on ne peut pas se souvenir

Comment font-ils pour passer d’une note à l’autre ?

L’une des deux au moins est un cri

***

Au premier essai nucléaire de la nouvelle ère la table du salon s’est mise à gigoter et la boîte à boutons est tombée

Dabek a ramassé

Les boutons sont des souvenirs percés de deux ou quatre trous qui rattachent à un vêtement, à un être, à l’enfance révolue, Dabek y redécouvre le passé comme au travers d’une serrure

A genoux, il jouait

Les lattes du parquet étaient si disjointes que certains boutons y avaient coincé leur tranche et restaient dressés. Il y voyait les roues orphelines des véhicules ennemis atomisés par l’explosion

A la fin il ramassait les boutons et les rangeait dans la boîte, il la remettait sur la table, et préparait avec son commandement de plomb l’essai suivant de la nouvelle ère

Il passe un aimant au dessus des espaces séparant les lattes pour récupérer les aiguilles qui s’y sont glissées, comme il le faisait, il sait qu’elles s’y glissaient

A l’aide des aiguilles il récupérera les allumettes qui se trouvent là également. Il s’en servira pour curer la matière noire qui s’est accumulée depuis la dernière fois, le temps.